[Enquête] Économie: tout sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

Sylvestre Biaou évoque les contours de la Responsabilité Sociale des Entreprises
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De plus en plus d’entreprises souhaitent mettre la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) au cœur de leur stratégie. Un concept né dans les années 1960 qui désigne la prise en compte par les entreprises des préoccupations liées  au développement durable dans leurs activités. Dans une analyse scientifique, Sylvestre K. BIAOU, Juriste béninois, Diplômé de l’Université de Limoges en FRANCE, a abordé les contours de la question.

 

La responsabilité sociétale des entreprises désigne la prise en compte par les entreprises, sur base volontaire, des enjeux, sociaux et éthiques dans leurs activités. Les activités des entreprises sont ici entendues au sens large : activités économiques, interactions internes et externes.

Une composante de la réussite de l’entreprise

Depuis les années 1960, l’économie mondiale a connu une phase d’accélération de la production, facilitée par le développement de la société de consommation et la croissance démographique mondiale. Il en résulte une consommation accrue des ressources, un accroissement des inégalités entre le Nord et le Sud, l’apparition de nouveaux risques sanitaires, un réchauffement climatique accru (tempêtes, sécheresses, ouragans), des accidents industriels d’envergure mondiale.

La nature des risques a donc évolué dans les entreprises et autres organismes. Ainsi, tout le monde s’accorde à dire que les entreprises évoluent dans un environnement de plus en plus incertain, de plus en plus mouvant.

Quelle que soit l’étiquette apposée à une entreprise, il importe avant tout d’intégrer les considérations d’ordre social, environnemental et économique aux valeurs de base d’une entreprise, à sa culture, à son processus décisionnel, à sa stratégie et à ses activités. Cet exercice devrait être transparent et responsable, et viser principalement des pratiques opérationnelles plus efficaces et efficientes, ainsi que l’accroissement de la richesse en vue des retombées sociétales positives.

Les activités du secteur privé peuvent avoir une forte incidence sur l’environnement, les collectivités et l’économie. Reconnaître et gérer efficacement ces coûts environnementaux, sociaux et économiques, ainsi que leurs effets, et les risques qu’ils entraînent, témoigne d’une responsabilité que nous pouvons qualifier de sociétale. Cette responsabilité fait de plus en plus partie intégrante de la réussite des entreprises.

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est une ligne d’obligations qui permet à l’entreprise de mieux répondre aux défis auxquels elle est confrontée (climat, approvisionnement, demande, transparence…). Cette démarche permet de répondre aux attentes de plus en plus nombreuses de ses parties prenantes (clients, fournisseurs, actionnaires, syndicats, etc.).

C’est une nouvelle vision du rôle de l’entreprise et de sa responsabilité dans la société.

Les enjeux de la responsabilité sociétale

La RSE est l’application des principes de développement durable et de ses trois piliers (environnemental, social et économique) au monde de l’entreprise. Elle n’est rien d’autre que le développement durable appliqué à l’entreprise. Certains la définissent comme la responsabilité d’une entreprise vis-à-vis des différents groupes avec lesquels elle interagit, au-delà de ses obligations techniques, légales et économiques.

Il s’agit d’une démarche globale qui repose sur une vision à moyen et long termes. Elle induit une autre façon de prendre en compte les coûts indirects d’une action sur l’environnement, les ressources de l’entreprise et la société. Elle prend également en compte les risques extrafinanciers (comme l’image, la réputation), humains ou juridiques, ou les savoir-faire. L’ensemble de ces éléments, constitutifs du capital immatériel de l’entreprise, ont également une incidence sur les performances financières de l’entreprise. La RSE permet donc de concilier croissance et équilibre, respect de l’environnement, développement et innovation, valorisation des ressources, concurrence et performance. Elle met l’accent sur la maîtrise de risques non financiers. Aussi, devant la croissance exponentielle de la cartographie des risques, la RSE apparaît comme une démarche stratégique de prévention des risques et donc de performance.

Les objectifs extrafinanciers de la RSE

La RSE conduit l’entreprise à aller au-delà de ses obligations légales, à coopérer étroitement avec ses parties prenantes et à élargir ses objectifs à des enjeux extrafinanciers.

·Augmenter sa performance globale

Plusieurs études montrent une corrélation entre les démarches RSE mises en place par les entreprises et leurs performances économiques. Selon France Stratégie, les entités qui intègrent l’approche RSE dans leur politique de gouvernance ont augmenté leur performance en moyenne de 13 %. De plus en plus d’investisseurs (notamment dans le secteur de l’investissement responsable) considèrent que la RSE améliore les pratiques sociales et environnementales de l’entreprise et influence positivement sa valeur immatérielle à moyen terme.

·Prévenir et maîtriser les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance

Le critère environnemental tient compte de la gestion des déchets, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la prévention des risques environnementaux. La responsabilité des entreprises est d’anticiper les différents risques d’impacts environnementaux qui peuvent résulter de leurs activités et de leurs produits ou services et ce, pour l’ensemble de la chaîne de valeur. Au-delà du cadre normatif existant – qui peut se traduire par des contraintes juridiques et économiques –, la responsabilisation de l’entreprise implique tout d’abord une reconnaissance par elle-même de ses externalités négatives environnementales et une évaluation du coût économique de la prévention/réparation des dommages.

L’entreprise sera considérée comme responsable en matière environnementale si elle concentre son action sur la prévention en amont et/ou sur la réparation des dommages en aval, en choisissant une voie économique viable qui ne remette pas en cause sa pérennité et son développement.

Pour se faire, il faudra :

– développer une stratégie environnementale au-delà de leurs obligations réglementaires portant sur leurs procédés, leurs chaînes d’approvisionnement, leurs produits ou services et leurs usages ;

– introduire dans l’évaluation des dirigeants et dans leur part variable, des critères significatifs d’atteinte de résultats dans la mise en œuvre de la stratégie environnementale ;

– intégrer la stratégie environnementale de l’entreprise aux critères d’évaluation individuelle ou collective des salariés et aux accords d’intéressement ;

– s’assurer que l’ensemble des salariés ait accès à des formations intégrant les enjeux environnementaux dans le cadre de la formation continue.

Le critère social prend en compte la prévention des accidents, la formation du personnel, le respect du droit des employés, la chaîne de sous-traitance (supply chain) et le dialogue social.

Le critère de gouvernance vérifie l’indépendance du conseil d’administration, la structure de gestion et la présence d’un comité de vérification des comptes.

Il est nécessaire, dans une stratégie de développement durable et d’investissement responsable, de relier la performance financière d’une entreprise à son impact environnemental et social.

·Assurer son approvisionnement en matières premières

Les entreprises de secteurs différents sont toutes dépendantes de matières premières naturelles qui peuvent souffrir des dégradations du climat et de la biodiversité, jusqu’à disparaître. S’assurer des bonnes conditions de régénération de ces ressources est indispensable pour que les entreprises puissent continuer leur activité sur le long terme.

·Garantir l’acceptabilité sociale de son activité

Pour exercer son activité, une entreprise doit s’assurer d’une certaine adhésion de la part des communautés locales et de ses représentants. Cela peut passer par la création d’emplois, mais aussi par le dialogue et la préservation de l’environnement.

·Attirer les talents, motiver et fidéliser ses collaborateurs

L’implication de l’entreprise dans la préservation de la planète, mais aussi dans le bien-être de ses collaborateurs et un traitement respectueux de ses fournisseurs, de ses clients, etc. est un facteur d’attractivité, mais aussi de motivation et de fidélisation des collaborateurs.

·Faire des économies

Réduire sa consommation d’eau ou d’énergie peut se traduire en économie financière pour l’entreprise. L’utilisation d’appareils et d’équipements électriques efficaces économise la consommation d’énergie. Enfin, l’application des énergies renouvelables favorise la protection du climat.

·Innover

Intégrer les préoccupations environnementales et sociales conduit souvent à des innovations produit, mais aussi à des innovations sociales, concernant le management ou l’organisation de l’entreprise. Il s’agit d’une solution (ou d’un ensemble de solutions) alternative(s) permettant (plus efficacement que les solutions existantes) de mesurer, surveiller, limiter, corriger, voire prévenir les atteintes à l’environnement et au climat ou, plus largement, de respecter les objectifs du développement durable. Ses auteurs notent que l’innovation environnementale peut être de nature technologique, organisationnelle, managériale ou institutionnelle. Dans notre cas, bien entendu, nous considérons les innovations environnementales de nature technologique.

·Se différencier de la concurrence et accéder à de nouveaux marchés

De nombreuses entreprises donneuses d’ordre privilégient aujourd’hui les fournisseurs ayant une démarche de responsabilité sociétale dans leurs appels d’offres. C’est aussi le cas de collectivités locales.

La RSE crée une sorte de compatibilité entre l’économie (profit, croissance, etc.), le social (culture, qualité de vie, situation des salariés, etc.) et l’environnemental (préservation sensibilisation, etc.).

En prenant des mesures pour réduire leur impact environnemental et social, les entreprises préservent la planète, mais aussi leurs intérêts, ainsi que ceux des acteurs avec lesquels elles sont en interaction (les parties prenantes : salariés, fournisseurs, actionnaires, ONG, clients, etc.).

Les enjeux de la RSE sont donc à prendre au sérieux lors de la création de l’entreprise, puisque cette dernière entraîne un changement de situation personnelle important. Au démarrage, il existe de l’incertitude quant à la réussite du projet, et les projections reposent sur des scénarios aléatoires. Le créateur d’entreprise prend des risques, et doit savoir les limiter pour ne pas se retrouver dans une situation délicate.

 

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